Réflexion sur la table - "travailler sur ses émotions"

Marie Neige Chatelain

21 novembre 2021



La thématique/méthode/expression de « travailler sur » sa colère, sa peur, ses émotions etc me fait beaucoup réfléchir.

Lorsque l’on « re » visite ses sentiments, ne sont-ils pas re-visités avec les paramètres, les connaissances, les sens et l’expérience du moment présent ? Si je RE-visite une situation pour y travailler ma colère, j’apporte avec moi de nouvelles données dans ce voyage dans le temps. À force de « travailler sur ces émotions » avec ces nouvelles données, je transforme l’événement passé en y apportant de nouveaux sons, de nouvelles couleurs, de nouveaux lieu, des nouvelles paroles, des nouveaux sentiments, amplifiant/diluant et modifiant ainsi les paramètres réels qui s'y trouvaient au moment où l'événement s'est produit.


Considérant que chaque moment est unique et baigne dans son propre temps, les "re-visites", les "re-sentiments" deviennent de nouvelles situations que j'invente au fur et à mesure dans mon imagination. Un monde inventé dans lequel je m’acharne à « guérir »… mais guérir de quoi ?


Un exemple:


J'ai de la colère envers un membre de ma famille parce qu'il/elle m'a flouée selon ma perception, alors je ressasse (toujours seule avec moi-même) ce qui s'est passé. Je l'analyse de toutes les façons possible, je revis ma colère. Je dis des choses à cette personne (toujours dans mon imagination) que 'j'aurais donc du lui dire comme ça". Elle me répond autrement, alors je cherche à avoir raison dans ma tête. Cette histoire me suit au levé, durant la journée, au couché, dans mes rêves. Alors on me dit: tu dois travailler sur cette colère". Donc j'ajoute une couche. J'y retourne sans cesse pour la travailler, je cherche son origine, mais au final, je continue à la nourrir en lui donnant de plus en plus de "réalités" où elle peut s'exprimer.


Ce voyage dans le temps m’empêche d’être ici, maintenant.

La grande question: si je ne suis pas ici, qui occupe l'espace ? S’il n’y a personne dans le présent, cela signifie que je n’existe pas. Ma réflexion porte sur le fait que de passer son temps à « travailler sur une émotion X associée à un événement Y » ne fait que m’éloigner du moment présent et donc de l’existence toute entière. J'en conclu qu'il est donc beaucoup plus efficace de laisser aller cette émotion, la laisser simplement me traverser avec toutes les réalités qui l'accompagne


La relâcher, s'abandonner et ne plus s’y accrocher pour rester présente et donc exister.


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